Tirs sur des policiers. Procès renvoyé à janvier

Le Télégramme, 19 décembre 2007

Le tribunal de Brest a été le théâtre, hier matin, d'un impressionnant quadrillage policier qui a tourné à la répétition générale : cinq prévenus devaient comparaître pour répondre, à des degrés divers, de leur implication dans l'émeute qui avait secoué le quartier de Pontanézen, en novembre 2005. Deux coups de feu avaient visé les forces de l'ordre. Le procès a été renvoyé au 21 janvier.

Deux avocats demandaient le report de l'audience. M e Omez, défenseur de Nassim Bénantar, âgé de 23 ans, détenu, a été le premier à le solliciter, en raison de la concomitance de deux autres dossiers dans lesquels il devait plaider, « de longue date », l'après-midi même, devant le tribunal de Quimper. Il a aussi fait valoir qu'il avait été avisé de la date du procès brestois le 3 décembre, « quinze jours avant l'audience effective ». Un délai selon lui peu équitable, car « trop bref pour préparer une défense ».

« Inconcevable qu'un prévenu clé ne soit pas là »

Un petit événement est venu apporter de l'eau à son moulin : un autre prévenu, Yoann Corbel, âgé de 22 ans, n'a pas réintégré la maison d'arrêt depuis le début du mois, alors qu'il bénéficiait d'une mesure de semi-liberté. Le mandat d'arrêt délivré à son encontre n'a pour l'heure rien donné. Or, le témoignage de l'évadé (qui s'est depuis rétracté) était l'un de ceux qui avait permis de fonder l'accusation contre Nassim Bénantar. M e Appéré, défenseur de Vahitu Schmidt, 24 ans, lui aussi incarcéré et soupçonné d'être l'un des tireurs, s'est engouffré dans la brèche, estimant « inconcevable qu'un prévenu clé qui a fondé une partie de l'accusation ne soit pas là ».

Une policière blessée

Les autres avocats de la défense se sont associés à la demande de leurs confrères. Idem pour les parties civiles, M e Dumas regrettant toutefois ce nouveau délai d'attente pour les fonctionnaires de police qui furent pris à partie dans la nuit du 7 novembre 2005. Rappelons que le coup de feu qui avait visé l'une de leurs deux voitures n'avait atteint qu'un appui-tête, sans toucher personne. Une fonctionnaire avait néanmoins été blessée par des débris de vitre et avait obtenu 33 jours d'ITT.

« Capable de gestes radicaux »

Le procureur de la République de Brest ne s'est pas opposé à ces demandes de renvoi, mais s'est élevé contre les deux demandes de mises en liberté qui s'y étaient greffées. Ceci afin « d'éviter toute pression sur les témoins, empêcher qu'ils se soustraient à la justice et le renouvellement d'infractions ». À l'appui de ses réquisitions, il a notamment révélé que Nassim Bénantar avait fait l'objet de quatre rapports de l'administration pénitentiaire depuis sa mise en détention. Concernant Vahitu Schmidt, il a relevé son profil psychologique « assez inquiétant, capable de gestes radicaux selon l'expert ». Le procès a été renvoyé au 21 janvier. Le tribunal a ordonné le maintien en détention de Nassim Bénantar et Vahitu Schmidt. Rappelons que la nuit d'émeutes du 7 novembre avait été précédée de l'incendie d'un garage Renault (400.000 € de dégâts). Dans ce dossier, deux mineurs ont été condamnés à quatre mois ferme, deux autres relaxés par le tribunal pour enfants, en septembre dernier.